Adobe et son Cloud commencent à me les briser menu

Adobe vient d’annoncer officiellement qu’il n’y aurait plus de nouvelle version de Photoshop disponible en téléchargement ou sur support physique:
Photoshop CC ne sera plus vendu seul sous la forme d’un DVD ou en téléchargement. Seule la version Creative Cloud, selon différentes modalités d’abonnement, sera proposée. Par ailleurs, Photoshop CS6 n’évoluera plus. Ce qui va faire grincer quelques dents, même si les clients vont bénéficier de tarifs attractifs.

Souvent dans nos régions tempérées les nuages sont le signe annonciateur d’une douche glacée.
Des nuages sur la plage

Je comprends que le modèle économique des opérateurs téléphoniques puisse faire saliver tous les industriels, avec une clientèle captive qui verse tous les mois son obole pour pouvoir continuer à profiter de leur service, mais je supporte mal que l’on me torde le bras pour m’obliger à consentir à ces nouvelles conditions de commercialisation.

Aujourd’hui j’achète très cher, mais je considère que le produit le vaut bien, un logiciel que je peux utiliser “à vie”. Je bénéficie gratuitement pendant une période d’environ deux ans de mises à jour, puis sort une nouvelle version payante que je peux acquérir à un prix plus intéressant que si c’était un premier achat.
Si j’estime que mes finances et/ou les nouveautés proposées par la mise à jour payante ne me permettent ou ne justifient pas l’investissement, je peux sauter une génération.

Dans la pratique, c’est aussi lié au rythme de renouvellement de mes boîtiers.
Lorsque l’on achète Photoshop, on acquiert en réalité 3 logiciels: Photoshop proprement dit, Adobe Camera Raw qui permet d’ouvrir et de traiter les fichiers au format raw de son appareil et Adobe Bridge qui permet de trier, cataloguer, classer et retrouver sur son disque dur ses images.
Adobe Camera Raw est l’élément central de mon workflow et Adobe me tord déjà le bras, mais y mettant les formes, parce que lorsque sort une nouvelle version payante les anciennes versions d’ACR ne sont plus mises à jour pour les nouveaux boîtiers. Je peux cependant faire de la résistance si je le souhaite en utilisant un logiciel gratuit fourni par Adobe pour convertir le format raw propre à mon nouvel appareil dans un format plus universel que mon ancienne version d’ACR est capable d’exploiter.
C’est discutable en termes de workflow, mais je ne suis pas obligé d’investir dans la nouvelle version de Photoshop.

La plage

Avec les nouvelles conditions de commercialisation et le passage obligé au Cloud, je vais installer comme aujourd’hui Photoshop sur mon ordi, mais je ne pourrais le faire tourner que si je suis à jour de mon abonnement mensuel. Je peux travailler sans être connecté, mais je dois me connecter, pour l’instant, au moins une fois par mois pour pouvoir continuer à utiliser Photoshop.
Le logiciel que j’achetais est devenu un logiciel que je dois louer.
Le Cloud proprement dit, c’est à dire la disponibilité de 20 Go d’espace disponible sur les serveurs d’Adobe, est optionnelle.

Si l’on ne considère que le calcul économique, la location peut présenter des avantages. Essentiellement parce que l’on peut préférer avoir des coûts de fonctionnement fixes à des investissements au coup par coup. Et qu’au départ la location est intéressante, surtout pour un jeune photographe qui n’a pas ainsi à se couper un bras pour acquérir Photoshop.
Mais dans le temps:
Restons avec Photoshop et examinons les coûts cumulés sur plusieurs années. Pour simplifier le calcul, plaçons-nous le jour de la sortie d’une nouvelle version. Les données de base sont les suivantes : 954, 48€ pour une version complète, 273 ,06€ pour une mise à jour (tous les deux ans) et 24,58€/mois pour l’abonnement annuel (soit 294,96€/an, ce qui est déjà nettement moins excitant). On obtient les coûts cumulés suivants :
• Après 2 ans : 589,92€ pour l’abonnement, 954,48€ pour la version “normale”
• Après 4 ans : 1179,84€ pour l’abonnement, 1227,54€ pour la version “normale”
• Après 6 ans : 1769,76€ pour l’abonnement, 1500,60€ pour la version “normale”
Au-delà, l’écart ne fait que se creuser en défaveur de l’abonnement…
On le voit, la “bonne affaire” n’est qu’apparente et ressemble un peu à ces abonnements qui permettent d’acheter moins cher un téléphone en s’engageant deux ans chez l’opérateur. Ils aboutissent in fine à payer l’appareil beaucoup plus cher que s’il avait été acheté à prix normal en magasin ! Mais au moins a-t-on un téléphone au bout des deux ans, même si l’on cesse tout engagement chez cet opérateur. Avec le Creative Cloud, on n’a plus rien. Le prix de 24,59€/mois est donc très aguichant, mais ne présente que l’avantage (à court terme) d’étaler la dépense initiale. S’agissant des mises à jour partielles, il suffit d’examiner la liste des nouveautés récentes pour se rendre compte de leur intérêt très limité. Seuls les photographes seront vraiment intéressés par l’acquisition des versions ultérieure afin de bénéficier de la prise en charge des nouveaux boîtiers par Camera Raw. Et encore, on peut s’en passer grâce au DNG Converter…

Le tarif franchement dissuasif si l’on n’utilise que Photoshop devient plus intéressant si l’on utilise plusieurs logiciels d’Adobe:
Q : Est-il possible de composer son panier de logiciels et de ne payer que pour ceux-ci ?
Non. Vous n’avez le choix qu’entre le bundle complet et les logiciels individuels, sachant que le tarif du bundle (61,49€/mois) ne coûte “que” 2,5 fois celui d’un logiciel individuel (24,59€/mois). Le prix exorbitant du logiciel individuel (295€/an) pousse clairement les utilisateurs à choisir le bundle, même si la plupart des logiciels ne les intéressent pas. Un bundle destiné aux photographes est actuellement à l’étude chez Adobe, mais comme son tarif ne saurait être inférieur aux 24,59€/mois du seul Photoshop, il a bien peu de chances d’être intéressant.

Il faut ajouter à cela que lorsque l’on possède plusieurs logiciels d’Adobe, on n’a pas nécessairement besoin d’acquérir les mises à jour payantes au même rythme.

Enfin je terminerai par une dimension totalement irrationnelle. J’ai commencé la photo à 14 ans et j’ai tout de suite développé et tiré mes films noir & blanc. Lorsque je suis devenu un professionnel, j’ai très rapidement mis en place successivement une chaîne E6 pour pouvoir développer mes films inversibles, une chaîne C41 pour développer négatifs couleur et internégatifs et une chaîne RA4 pour pouvoir réaliser mes tirages en couleur. L’opération c’est avérée économiquement rentable, même si aujourd’hui tout ce matériel est parti à la décharge.
Cependant, à l’origine ce n’était pas un calcul économique, mais un parti pris créatif. Et je vis comme une régression l’éventualité de devoir louer le logiciel qui est désormais au centre de ma pratique photographique.
Mon modèle économique ce n’est pas le Cloud, mais l’artisanat.
A barber, working on the street, in front of his shop. Shanghai, February 2006.

Dans l’immédiat, je vais pouvoir conserver mon vieux rasoir, CS6. 🙂
Le jour où l’évolution des logiciels de traitement d’image me donnera le sentiment que le temps est venu de succomber aux sirènes du changement, le choix sera douloureux. Changer de logiciel, c’est repasser par une phase d’apprentissage et de frustration.

L’offre d’Adobe
Sur le blog d’Adobe consacré à Photoshop

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A propos de Thierry

Je suis photographe indépendant depuis 1981. Photographe publicitaire et industriel je travaille pour des agences de publicité et des entreprises. Mon site. J'ai également un autre blog sur Culture Visuelle.

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