Issy les Moulineaux, le photographe et la transformation d’un paysage urbain:

Cela fait désormais près de 25 ans que je photographie la ville où je vis et où je travaille.
Je commence à mettre en ligne des montages supposés apporter un peu d’ordre dans cette accumulation d’images. 🙂

Ce premier diaporama « Issy les Moulineaux 1989-1994 » reprend les photographies et les légendes d’un livre que j’avais créé en 2002.

En 1989, la transformation de la ville était déjà sérieusement entamée. La ville avait accueilli précédemment les industries polluantes dont Paris ne voulait pas. Mon travail commence avec la désindustrialisation qui a couvert la plaine d’Issy les Moulineaux de friches industrielles puis de bureaux. Il manque à mes archives le spectacle d’un avant, réel ou fantasmé, hérité du XIXème et du début du XXème siècle. Les images d’avant les premiers grands chantiers.
Cette idée d’un passé qui est en train de disparaître et que je n’ai commencé à documenter qu’alors qu’il était déjà entamé, participe d’un sentiment d’urgence qui a été à l’origine des photographies de cette période. Elles s’inscrivaient dans un vision qui a structuré de façon plus ou moins consciente ce livre et que l’on retrouve dans les légendes. Bien que toutes ces images aient été réalisées en auto-production, ma démarche aurait pu être une réponse à une commande. C’était une campagne photographique réalisée autour d’un thème qui s’était imposé comme malgré moi.

Et puis parce que je vivais et travaillais à Issy, j’ai continué à prendre des photographies.

Parfois c’est juste une question d’opportunité, une lumière, une situation, qui sont comme autant d’injonctions à réaliser une image que je saisis avec ce que j’ai sous la main, un compact numérique ou un smartphone. Et parfois c’est une démarche volontaire.
Lorsque je visite une ville telle que Shanghai, tout est une « photo opportunity » pour reprendre la citation de Bansky qui ouvre le texte de Raphaële Berthot sur l’injonction paysagère parce que tout m’est étranger. Mais dans un lieu familier, même lorsque l’on est photographe, le plus souvent on voit plus que l’on ne regarde son environnement.
Alors de temps en temps, je prends un de ces appareils qui sacralisent la prise de vue et je vais regarder ma ville comme si c’était Shanghai. Mais je ne ressens plus de sensation d’urgence comme pendant la période 1989-1994. Ce n’est pas que la ville ait cessé de se transformer, bien au contraire, mais désormais dans ma perception la ville que j’ai photographiée hier est aussi présente que celle que je photographie aujourd’hui.

On n’embrasse jamais une ville d’un seul regard, on n’en découvre que des fragments. Et dans l’expérience sensible, c’est l’ensemble de ces fragments disséminés dans l’espace, qui sont à l’origine de sa perception d’une ville. Dans ma vision d’Issy les Moulineaux, ces fragments ne sont pas disséminés uniquement dans l’espace, mais également dans le temps.
Dans ce second diaporama où se mélangent 23 ans de photographies, je n’ai pas respecté de chronologie ou indiqué les dates des prises de vue parce que les paysages qui ont disparu sont aussi présents à mes yeux que les paysages qui n’ont pas changé. Ces images décrivent une ville virtuelle où se mélangent le passé et le présent, mon Issy à moi.

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A propos de Thierry

Je suis photographe indépendant depuis 1981. Photographe publicitaire et industriel je travaille pour des agences de publicité et des entreprises. Mon site. J'ai également un autre blog sur Culture Visuelle.

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